Littérature jeunesse : romans, albums...

jeudi 7 mars 2013

Un Griffon consacré à Cécile Roumiguière !


Le Griffon de printemps est sorti !
 Il est consacré à un auteur jeunesse que j'aime tout particulièrement, Cécile Roumiguière, quel bonheur !
 Si vous n'êtes pas abonné vous pouvez vous le procurer en cliquant sur le site de Griffon.

Au programme de ce numéro :

J'espère pouvoir revenir très bientôt écrire dans ce journal.... Quelques très jolies lectures et découvertes dont il faut absolument que je vous fasse part !! Ah le temps qui passe et les "petits" soucis du quotidien...

samedi 9 février 2013

Sophie Scholl, "Non à la lâcheté" @ Jean-Claude Mourlevat


Sophie Scholl avait 21 ans seulement quand elle fut  arrêtée par la Gestapo avec son frère aîné Hans (25 ans), alors qu'ils déposaient des tracts contre le régime nazi dans leur université. Ils appartenaient tous deux  au groupe de résistance allemande La Rose Blanche.
Tous deux seront guillotinés, avec un de leurs amis, Christoph Probst,  après un jugement infâme et express, le 22 février 1943. 
Jean-Claude Mourlevat, dans ce magnifique "Non à la lâcheté", retrace les quelques semaines qui précédèrent l'arrestation de Sophie Scholl jusqu'à son exécution. 
Le genre "romanesque" au plus près des faits réels, historiques, a ce don unique, quasi magique, de permettre à son lecteur d'étreindre ce qui fut, à des années de distance, et au final de comprendre, prendre avec soi, un fragment de cette réalité, redevenue vivante, quasi palpable. 
La tâche n'est pas facile, encore moins peut-être quand l'écrivain s'adresse au premier chef à de jeunes lecteurs, mais Jean-Claude Mourlevat relève le défi avec beaucoup d'intelligence, de sobriété et de délicatesse. 
Comment ces jeunes gens ont-ils eu la force de braver le danger, la mort, la peur, seuls contre tous ou presque, contre leur propre pays ou plutôt ce qu'il était devenu ? Quelle force les a maintenus debout, droits comme des "I", même aux pires moments ?
Sophie dans le train, alors qu'elle se rend  à Stuttgart pour y déposer des tracts dans des boites aux lettres, le coeur qui cogne, et la peur qui lui tord le ventre :
"La douleur s'étend jusqu'en haut de la poitrine, une armée de fourmis rouges.". Une douleur avec laquelle il faut apprendre à vivre, quotidienne, et si le pire devait arriver :
"Jusqu'où iras-tu grand frère ? Jusqu'où irons-nous ensemble ?
La peur encore au bureau de poste, où il faut bien acheter les timbres en nombre, et où, elle le sait, elle risque gros. 
Mais où trouve-t-elle le courage de paraître justement si "innocente" ?  Parce qu'elle l'est justement...
Et parce qu'elle est en paix avec elle-même, sûre de ses convictions, sûre de ce qu'elle nomme "la cause", sûre de ce pour quoi elle est prête à se sacrifier, elle qui aime tant la vie et la musique, elle qui a toute la vie devant elle.
Quand elle passe aux aveux, peu après son arrestation, elle n'hésite pas, elle ne trahira personne, elle ne se défilera pas 
" - Ce serait trahir la cause, monsieur Mohr. Je ne regrette rien, je referai la même chose. Exactement."
Elle n'a que 21 ans.

Un petit dossier illustré enrichit ce récit, le mettant en perspective, soulignant par la même toute son actualité. Il y eut Sohphie Scholl, il y eut son frère, et tant d'autres, tous jeunes, parfois très proches de nous dans le temps, comme les Pussy Riot... 

Les photos terribles de Sophie Scholl, faites par le Gestapo le jour même de son arrestation, nous inerpellent. On devine son regard à la fois terrorisé et lointain, on mesure sa solitude en cet instant, et on se demande : Qu'aurais-je fait, moi ? Puis on se pose une deuxième question, bien plus pertinente : Que fais-je ?



Edition Actes Sud junior - février 2013, dans la  collection "Ceux qui ont dit non" dirigée par Murielle Szac.

Et comment ne pas penser au  jeune Thomas Elek auquel Alain Blottière rend un si bel hommage dans son roman Le Tombeau de Tommy

jeudi 31 janvier 2013

"Mon" petit Mozart...

Le poulpe Mozart et son loup @ Benjamin Lacombe 
Un dessin original de Benjamin Lacombe.
Il est là, tout près, dans ma bibliothèque, et il est un petit-grand-immense bonheur à lui tout seul !
Merci !!!


samedi 22 décembre 2012

La couverture @ Isabel Minhos Martins et Yara Kono



Quoi de plus merveilleux que de se faufiler dans le lit de sa grand-mère pour y écouter des histoires issues de livres illustrés. Ces histoires, enfants, nous les connaissions presque par cœur et les images s’inscrivaient alors à jamais dans notre rétine.
Faites l’expérience, ouvrez un livre de votre enfance refermé depuis longtemps, il s’ouvrira presque sur l’instant précis où vous l’aviez quitté, au moment exact, à l‘endroit même où vous vous vous trouviez. Voyage magique dans le temps et comme sur un tapis volant dans l’esprit de l’enfant que vous étiez alors… L’expérience d’une immortalité minuscule..

La grand-mère de cette "histoire en petits carreaux de tissu" , accueille tous ses petits enfants dans son grand, très grand lit (alors qu’elle était toute petite et plutôt maigrichonne) et pourtant pas de recueil, pas de conte illustré à lire à voix haute, non, rien de tout cela, mais une formidable couverture, un patchwork de petites pièces de tissu aussi variées qu'infinies, étrange et unique harmonie de couleurs et de matières… 

Cliquer pour agrandir

« Chaque recoupe, une histoire ». Car chaque petit morceau de tissu est bien sûr un grand point d’interrogation pour les loupiots aux aguets, oreilles tendues, tapis et pelotonnés à ses côtés. Et la grand-mère invariablement de répondre : « - Ah, celle-ci n’a rien à raconter… », avant de se lancer dans la genèse du petit bout d’étoffe, car bien sûr il avait quelque chose à révéler. Et le voyage de commencer… 
Il y a le morceau de la robe sa fille enfant, la robe qui avait une poche où, disait-elle,  vivait un gnome, c’est pourquoi elle y mettait toujours des galettes (d’ailleurs chaque soir, la galette avait à tous les coups disparu, preuve s’il en fallait une de l’existence dudit lutin…). Quant à ce morceau de tissu, mais il appartenait au tablier de votre arrière grand-mère, c’est dans la poche de ce tablier qu’elle conserva, inquiète et un peu malheureuse,  la premier lettre qu’elle reçut de son mari, la missive y resta des mois durant jusqu’à la suivante…

Les bouts de tissu ont chacun une histoire à raconter, une histoire familiale, une histoire minuscule mais si importante, des moments de vie, des croisées de chemin qui mènent les enfants du passé à leur propre existence. 
Cette couverture réchauffe les jambes et les petits pieds froids, elle est aussi un lien familial, affectueux, chaleureux où l’on peut sauter à cloche pied, d’un moment l’autre, au hasard et dans n’importe quel ordre…

A la mort de la grand-mère, tout le monde se l’arrachera un peu cette si belle couverture, mais l’histoire appartient à tout le monde, elle voyagera donc et continuera à s’enrichir de petits bouts de tissu, fragments de vie, qui iront côtoyer avec harmonie les plus anciens, c’est la même histoire qui continue !
Toute vie est une couverture, toute cousue d’instants fragiles, précieux, joyeux ou douloureux, tissée de liens familiaux, amicaux. Mais la couverture de ce livre merveilleusement contée par Isabel Minhos Martins et illustrée par Yara Kono nous parle aussi de transmission, de génération en génération, pour dire d’où nous venons, à qui nous appartenons… S’enracinez, prendre son essor dans le passé pour aller de l’avant et construire sa propre histoire et coudre à son tour des petits bouts de tissu.

Un très joli album, tout en délicatesse et en poésie qui séduit les plus petits comme les plus grands, car il nous parle de nous aussi (et nous donne envie de confectionner à notre tour  notre propre couvre-lit…)

Publié par l’excellente maison d’édition Notari.
Découvert grâce à Vanessa (merci !!!). Son billet ICI.

Une petite razzia ayant été faite chez cet éditeur, je devrais, si les petits cochons ne me mangent pas, en parler à nouveau très prochainement. Attention pépites ! 

samedi 1 décembre 2012

Swinging Christmas @ Benjamin Lacombe et Olivia Ruiz


Robin a neuf ans, un esprit vif et curieux un peu à  l'étroit dans ce petit village où il habite avec sa mère et qu'il a d'ailleurs très justement rebaptisé pour sa morosité et son calme plat : "Plunulquicitumeurs"... 
A l'approche des fêtes de Noël, il aide souvent sa mère à livrer les paniers garnis qu'elle destine aux personnes seules ou pauvres du village... Quand elle lui demande de se rendre chez Bernard, il traîne un peu les pieds, il faut dire que la maison est délabrée, le bonhomme un peu bourru et l'environnement inhospitalier au possible... 



Et il fait un peu peur aussi, Bernard ! Avec son immense manteau de fourrure, on pourrait facilement le prendre pour un ours, ou un géant ! 


Mais quand Robin entre dans la maison, à la suite de son hôte, tout change, les objets, les livres par milliers, et puis toutes ces notes de musique qui s'évadent d'un vieux gramophone réchauffent immédiatement le coeur de l'enfant. Une voix merveilleuse emplit le salon, "C'est du jazz... une sacrée musique ", lui dit Bernard, avant de lui lire, une tasse de chocolat chaud à la main, l'histoire de Gargantua. 
"Rien n'est impossible dans les livres."
Frissons, émotions, émerveillement submergent le jeune Robin qui rentre chez lui avec un Gargantua sous le bras et la promesse de revenir chez le vieil homme un peu ours, un peu Gargantua aussi...
Mais l'enfant, dans la solitude de sa chambre, ne retrouve plus la magie de l'histoire, elle semble s'être enfuie.
Quel est le secret de la lecture ? La vraie, celle qui fait frissonner et fait se sentir vivant ?

Bernard, le vieil homme seul, un peu ermite, va le lui révéler....

"Pour lire, mon grand, il faut être détendu. Laisse les mots venir à toi sans les juger, sans te juger ; laisse-toi envahir sans crainte, comme tu as l'air de le faire si bien avec la musique. Ecoute, là, la trompette aussi raconte une histoire. 

Tu ne connais rien de cette musique, mais tu la reçois, avec émotion. C'est l'essentiel. 

Ces lettres, ces mots sont aussi une musique. Si tu les lis lentement, et que tu trouves le bon tempo, c'est gagné. C'est elle qui m'a appris ça, ajouta-t-il en pointant du doigt une des photos du mur."

Tout y est, tout est dit, fond et forme mêlés, l'histoire portée par le style de l'écrivain, sa voix particulière, unique... Pour bien lire, entrer dans le livre, il faut trouver le bon tempo des mots, leur musique secrète...  et se laisser porter, tout simplement par le rythme des phrases et de l'histoire.
La leçon et belle et primordiale !

Swinging Christmas est un livre enchanteur, tendre, triste et apaisant tout à la fois. Un livre en musique, nostalgique et jazzy sur l'immense bonheur d'entrer en littérature et en musique, ces deux passions qui peuvent nourrir et combler toute une vie. 
Mais c'est une aussi une très jolie histoire d'amour et d'amitié, dans les tons clairs obscurs, comme dans la vie..


Une histoire de transmission, par-delà le temps et les générations. 

Le bonheur est fragile et peut s'envoler tel un papillon de nuit à tout moment, mais il reste éternellement présent, bien au chaud dans le coeur et le souvenir. Sa vulnérabilité en fait tout son prix, il est issu de rencontres rares et fécondes, comme celle de l'enfant et du vieil homme, comme celle de Bernard et de Sol... Sol, le soleil qui disparut un jour grisaille et de brouillard... Rien n'est éternel, mais rien ne meurt tout à fait si l'on sait trouver le chemin de l'intangible.

Pour longtemps encore, bien après Noël, les notes de Sing Sing Sing, de Bewitched, et de What's this, si joliment interprétées par Olivia Ruiz et The Red Star Orchestra, voletteront dans nos mémoires en compagnie, bien sûr, de Bernard, Robin, et de l'inoubliable Sol... 

Et puis, j'aime deviner derrière le vieil homme un peu hirsute, la fameuse silhouette d'un autre ogre de génie, Edward Gorey, l'homme au manteau de fourrure et à l'humour voilé, piquant aigre doux... 


Comme toujours, les illustrations de Benjamin Lacombe sont sublimes de grâce et de poésie, les couleurs flambent et étincellent. Un véritable petit bijou.

P.S.  A noter le CD de l'album ressemble à s'y méprendre à un petit 45 tours de l'ancien temps, même les sillons n'ont pas été oubliés !

A offrir ou à s'offrir pour Noël ...



Un conte musical de Benjamin Lacombe d'après une nouvelle d'Olivia Ruiz 
aux Editions Albin Michel Jeunesse - 2012
 


mardi 20 novembre 2012

49 jours @ Fabrice Colin



« Dans les moments qui précèdent les grandes catastrophes, certains détails ne vous paraissent essentiels qu’après coup. Ce ciel trop bleu, contemplé depuis la fenêtre de votre bureau new-yorkais du quatre-vingt-seizième étage, un certain 11 septembre 2001. Ce silence trop parfait sur la plage de Phuket tandis que vos traces dans le sable s’effacent, au matin du 26 décembre 2004. Ces chiens d’habitude si calmes qui, soudain aboient sans raison en descendant les ruelles de Port-au-Prince, à l’aube du 12 janvier 2010.
Des avertissements, des signes. »

 Floryan  a dix-sept ans, et toute l’assurance des jeunes de son âge qui selon l’adage ont « toute la vie devant eux », l’argent et les relations de ses parents en plus ce qui n’est pas rien dans la balance pour débuter une existence, tout du moins l’envisager le plus sereinement possible. Il doit être beau gosse aussi Floryan, on le devine à son air sûr de lui et déjà vaguement ennuyé…. Oui, mais voilà, par une belle après-midi d’été, alors que le métro aérien vient de quitter la station Passy et que la Tour Eiffel miroite au soleil, sa vie explose, part en lambeaux.  A peine quelques minutes plus tôt, un homme est calmement sorti du wagon, laissant derrière lui de quoi faire voler en éclats pas mal d’existences. Le métro qui traverse la Seine à ce moment précis tombe en miettes dans le fleuve, Floryan et ses amis n’y survivront pas.
Tout pourrait s’arrêter là, tout devrait même s’arrêter là.
« Je tombe, je tombe sans fin, et le monde tombe avec moi. Bientôt, même la peur a disparu. Remplacée par un néant irrépressible. »
Et pourtant Floryan finit par se « réveiller », dans un monde d’une pureté et d’une beauté presque parfaites, il est seul et il se souvient de tout, de sa vie, de l’attentat.  « Tu es mort ».
C’est alors qu’intervient un être extraordinaire, qui semble lui parler juste par la pensée. Floryan a 49 jours, pas un de moins, pas un de plus pour faire son choix, le suivre dans le Royaume éternel où il perdra le souvenir de tout ce qu’il a été, délesté du poids des sentiments et de tout ce qui le faisait humain, ou se jeter dans le grand fleuve noir, appelé Nihil, pour trouver, qui sait, une autre existence, ou tout simplement le vide éternel, le grand rien… 
Les dés sont jetés, en 49 jours, Floryan doit pouvoir choisir, trancher, entre deux options, l’une et l’autre pleines de mystères et d'inconnus angoissants.

Mais  s’il y avait une troisième voie ?

49 jours, c’est beaucoup et c’est peu pour découvrir toute l’étendue de ce nouveau monde, celui d’après la mort, un monde sauvage, grandiose et très curieusement très peu habité, tous les morts ne s’y retrouvent visiblement pas… Et pourtant, Floryan découvre une petite communauté pourvue de pouvoirs surprenants et presque magiques… Peu à peu, grandit en lui ce qui lui manquait peut-être quand il était bien vivant, le souci de l’autre, l’envie d’agir et pas seulement pour lui-même. La vie des morts n’est pas toujours celle que l’on imagine, de tout repos ou inexistante, elle n’est pas nécessairement coupée de notre monde non plus, certains fantômes y rôdent pour nous sauver parfois du pire et même de l’apocalypse.

C’est toujours un bonheur de suivre Fabrice Colin  dans ses univers parallèles qu’il sait rendre aussi tangibles que celui où nous vivons. Machines extraordinaires, lieux insoupçonnables, personnages inimaginables, créatures dantesque, tout cela prend vie et corps avec une facilité déconcertante, c’est captivant !
 49 jours  se lit comme un thriller tout autant que comme un roman d’anticipation ou de science fiction, un roman d’amour aussi sur fond de guerre et de fin du monde. Impossible de lâcher cette « Divine Comédie » avant d’avoir lu les mots de la fin, surprenants ô combien, mais rassurez-vous, un deuxième et dernier tome est prévu  pour nous dire un peu plus de ce qui attend nos héros (eh, oui, apparaissent un ou deux autres personnages essentiels particulièrement attachants  !).

Vivement la suite !

Editions Michel Lafon jeunesse – Novembre 2012. 

mardi 30 octobre 2012

Alabama blues @ Maryvonne Rippert


Voilà un roman qui va vous faire voyager, des mots en notes de musique, de Lyon à La Nouvelle Orléans, patrie du Jazz et du Blues, un roman mis en musique, à moins que cela ne soit l’inverse, un roman en tous cas tout tissé de rencontres et d’amitiés et d’espoirs aussi !
Lou, treize - quatorze ans, habite Lyon et navigue entre la maison de sa mère et celle de son père, un peu électron libre, un peu perdu entre ses deux foyers que plus rien n’unit à part lui et encore… C’est pas toujours la joie les familles dites recomposées, chacun peine souvent à trouver sa vraie place, sans se la jouer en solo un peu aigri et blessé… Lou a deux soeurs, « les  deux demies », deux jumelles de neuf mois qui accaparent sa mère et la lui volent la plupart du temps, il doit composer, faire avec et pendant ce temps se trouver, et tout cela en pleine adolescence, c’est tout dire... Mais il y a, sur la place de Paris, un bien étrange personnage, un musicien, peut-être un « SDF » qui l’intrigue et l’attire.
« Ses cheveux gris moutonnent sur son crâne chocolat. Le blanc de ses yeux est souvent rouge, ou bien un peu vitreux. Sa peau est sombre, et ses doigts en spatule posés sur les touches d’un saxophone paraissent presque décolorés. Est-ce qu’il boit ? On dit ça des SDF, non ? »
Mais quand il se met à jouer de son saxo, tout alors s’illumine, « un ruban étincelant qui s’enroule et va caresser l’or du clocher moche de la place de Paris. »
Lou prend son courage à deux mains et l’aborde, entre l’homme un peu usé et le jeune ado, le courant passe presque inévitablement,  porté par les notes de musique et un je ne sais quoi encore inexprimable. Avant de le quitter, le musicien lui confie un petit objet métallique, « c’est tout ce qui me reste », une sorte de sifflet tout cabossé qui a l’air d’avoir pas mal voyagé. L’ado le fourre dans sa poche partagé entre la méfiance et le sentiment que quelque chose d’important vient d’arriver.
Et la musique de s’engouffrer dès lors dans ce roman et dans la vie de Lou, l’emportant pour le meilleur, mais pas sans danger, vers une maturité nouvelle, et au final  la découverte de sa « blue note », de ce qu’il EST au plus profond de lui.
Roman musical, roman d’initiation finalement aussi… Si la musique porte le jeune héros à la découverte de lui-même ce n’est pas sans les autres, mais avec les autres, comme dans un groupe, un jazz band où chaque musicien joue sa partition en harmonie avec les autres. C’est la grande leçon de Dexter, le musicien noir de la place de Paris, c’est ce qu’il transmet à Lou et à la bande des Chics types, un groupe de Rock un peu en panne que l’ado a croisé, presque par hasard (mais le hasard existe-t-il pour de telles rencontres ?).
Mais qui est Dexter, par-delà les apparences ? Un musicien égaré de la Nouvelle Orléans, un SDF à la dérive ? il faut lire ce merveilleux roman pour le découvrir, et aux côtés de Lou  ne pas hésiter à traverser doutes et inquiétude, sortir de notre si rassurante routine et des idées toutes faites pour grandir et approcher de l’essentiel, la solidarité et l’amour des « belles choses », ensemble, comme dans un jazz band.

Une bien jolie leçon de vie mise en musique par les Chicstypes qui nous accompagnent tout le temps de notre lecture, en bas de nombreuses pages, un Flashcode vous permet de libérer les notes de musique qui accompagnent les mots.

 @ Ecouter Le Joueur de jazz des Chics Types sur Deezer

Editions Oskar – octobre 2012.
Le site du livre : Alabama Blues.
Très belle couverture des Soeurs Chevalme

Maryvonne Rippert fait parti de l’équipe de Blue Cerises. Depuis 1990 elle écrit des romans pour la jeunesse et des romans policiers pour les adultes.
Son roman « Métal Mélodie » a reçu neuf prix littéraires dont le prix des Incorruptibles 2012.